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[IMPRESSIONS] Exils - Tony Gatlif (2004)


  • Subject: [IMPRESSIONS] Exils - Tony Gatlif (2004)
  • From: Bekassou <bekassou@bekassou.invalid>
  • Date: 02 Oct 2004 23:20:01 GMT
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[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.selection.]

L'autre jour sur France Inter, dans une émission consacrée au cinéma, Tony
Gatlif prenait la parole. D'où vient-il ? d'Alger. Pas n'importe comment,
Tony Gatlif est un gitan, qui a émigré. Autant dire que son identité est
multiple. 'Multiple', qualificatif à préférer à 'floue'. Car 'floue'
l'identité du cinéaste ne l'est pas, son film 'Exils' nous le prouve. Aprés
'Gadjo Dilo', une nouvelle participation avec l'acteur Romain Duris.

L'histoire ? Zano (Romain Duris) et Naïma (Lubna Azabal) vivent en banlieue,
en France. Ils sont tous les deux d'origine algérienne. Elle ne parle pas
l'algérien et lui a arrété le violon aprés la mort de son pére. Ils
décident, un matin post-orgasmique, de partir à pieds pour Alger. Un retour
aux origines. Deux déracinés partent pour un road movie à travers l'Europe
(Espagne) puis le Maroc et enfin l'Algérie. A pieds, en train, en bus. Ils
trouveront sur place une autre culture, différente, parfois dérangeante.

Ca commence sur une musique de révolte. Des corps dénudés, trés beaux. Naïma
se révéle comme un étre trés érotique, souvent trop, jusqu'à l'infidélité.
Quand elle doit se plier aux moeurs vestimentaires de l'Algérie elle se
renfrogne et se rebelle. Elle qui a un corps si beau. La fin du film
révélera, dans une transe exorcisante, qu'elle chasse ainsi ses démons
intérieurs.

Zano, lui, a une ame un peu différente. Plus romantique, plus simple sous
certains aspects. Il connait ses racines dans son imagination. La réalité du
pays qu'il rejoint l'enchantera.

En suivant la mise en scéne de Tony Gatlif on sent un glissement progressif
entre la culture européenne et celle d'Afrique du nord. Insistons sur le
terme progressif. Car oui, en Espagne du sud on ne sait pas trés bien si on
n'est pas déja en Algérie. 'Exils' dépeind des exils, il est heureux
d'insister sur le pluriel. Car à l'exil vers le sud du couple s'oppose
l'exil des populations magrhébines et noires vers le nord. On croise donc
d'autres couples ou groupes qui, par tous les moyens du monde, émigrent à
force de travaux de saisonniers. En restant simple, Gatlif nous montre les
transferts de population à l'échelle humaine.

La relation amoureuse du couple est trés prenante, voire trés excitante (cf.
la scéne du camenbert). Comme déja dit il y a énormément d'érotisme tout au
long du récit. Ca impose une réflexion sur la beauté d'ailleurs. On croise
dans les auberges espagnoles des femmes trés belles. Belles certes par leur
plastique mais aussi et surtout par leur facon de manier l'art du chant, de
la danse et du piano. D'une maniére générale la musique est trés belle, j'y
reviendrais plus bas. Naïma aime faire l'amour, même sans Zano. Elle
s'abandonne un soir dans les bras d'un autre, attirée avant tout par la
beauté et l'étrangeté. Réconciliation il y aura, laissant un constat
déprimant mais si vrai : 'tu est une chienne, tu n'est qu'une chienne, tu
baises avec tous, ou as tu appris à être une chienne comme ca ?', 'comme toi
dans les films pornos'. Heureusement tout le long notre couple s'invente une
tendresse plus réaliste.

Une derniére réflexion qui peut venir du film concerne le retour aux
sources. Zano ne joue plus de violon, c'est un déchirement de voir une
vieille photo de son pére, un violon à la main. Naïma retourvera le calme à
l'issue d'une transe traditionnelle. On peut penser que maintenant ils
s'aiment (s'aiment plus encore ?) alors qu'il se regardent dans les yeux
dans un trés beau plan presque final. D'ailleurs cette scéne, délicieusement
et lentement amené au rythme de la musique est un bon contrepoint à la scéne
initiale. Au sexe, un peu brut, à l'abandon de soi dans la grisaille de la
banlieue correspond un retour à la tradition (la transe, les tatouages, la
chaleur des étreintes des méres algériennes). D'un univers triste et
aseptisé vers un univers plus archaique et sensible.

Deux derniéres notes : l'utilisation, un temps, de l'image des bouteilles,
des boissons tout au long de la premiére partie du voyage ou on se retrouve
ensemble autour d'un thé, ou on se sépare sur des bris de bouteilles
abandonnées, eau que l'on quête et transporte. A creuser. La musique, belle
et omniprésente, plus que jamais on sent le glissement le long d'un
continuum de cultures sans transition abrupte. A ce niveau du grand art.

Un film trés honnéte, à tous les points de vue.

@+, Bek

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