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[Date Prev][Date Next][Date Index] [IMPRESSIONS] Exils - Tony Gatlif (2004)
[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.selection.] L'autre jour sur France Inter, dans une émission consacrée au cinéma, Tony Gatlif prenait la parole. D'où vient-il ? d'Alger. Pas n'importe comment, Tony Gatlif est un gitan, qui a émigré. Autant dire que son identité est multiple. 'Multiple', qualificatif à préférer à 'floue'. Car 'floue' l'identité du cinéaste ne l'est pas, son film 'Exils' nous le prouve. Aprés 'Gadjo Dilo', une nouvelle participation avec l'acteur Romain Duris. L'histoire ? Zano (Romain Duris) et Naïma (Lubna Azabal) vivent en banlieue, en France. Ils sont tous les deux d'origine algérienne. Elle ne parle pas l'algérien et lui a arrété le violon aprés la mort de son pére. Ils décident, un matin post-orgasmique, de partir à pieds pour Alger. Un retour aux origines. Deux déracinés partent pour un road movie à travers l'Europe (Espagne) puis le Maroc et enfin l'Algérie. A pieds, en train, en bus. Ils trouveront sur place une autre culture, différente, parfois dérangeante. Ca commence sur une musique de révolte. Des corps dénudés, trés beaux. Naïma se révéle comme un étre trés érotique, souvent trop, jusqu'à l'infidélité. Quand elle doit se plier aux moeurs vestimentaires de l'Algérie elle se renfrogne et se rebelle. Elle qui a un corps si beau. La fin du film révélera, dans une transe exorcisante, qu'elle chasse ainsi ses démons intérieurs. Zano, lui, a une ame un peu différente. Plus romantique, plus simple sous certains aspects. Il connait ses racines dans son imagination. La réalité du pays qu'il rejoint l'enchantera. En suivant la mise en scéne de Tony Gatlif on sent un glissement progressif entre la culture européenne et celle d'Afrique du nord. Insistons sur le terme progressif. Car oui, en Espagne du sud on ne sait pas trés bien si on n'est pas déja en Algérie. 'Exils' dépeind des exils, il est heureux d'insister sur le pluriel. Car à l'exil vers le sud du couple s'oppose l'exil des populations magrhébines et noires vers le nord. On croise donc d'autres couples ou groupes qui, par tous les moyens du monde, émigrent à force de travaux de saisonniers. En restant simple, Gatlif nous montre les transferts de population à l'échelle humaine. La relation amoureuse du couple est trés prenante, voire trés excitante (cf. la scéne du camenbert). Comme déja dit il y a énormément d'érotisme tout au long du récit. Ca impose une réflexion sur la beauté d'ailleurs. On croise dans les auberges espagnoles des femmes trés belles. Belles certes par leur plastique mais aussi et surtout par leur facon de manier l'art du chant, de la danse et du piano. D'une maniére générale la musique est trés belle, j'y reviendrais plus bas. Naïma aime faire l'amour, même sans Zano. Elle s'abandonne un soir dans les bras d'un autre, attirée avant tout par la beauté et l'étrangeté. Réconciliation il y aura, laissant un constat déprimant mais si vrai : 'tu est une chienne, tu n'est qu'une chienne, tu baises avec tous, ou as tu appris à être une chienne comme ca ?', 'comme toi dans les films pornos'. Heureusement tout le long notre couple s'invente une tendresse plus réaliste. Une derniére réflexion qui peut venir du film concerne le retour aux sources. Zano ne joue plus de violon, c'est un déchirement de voir une vieille photo de son pére, un violon à la main. Naïma retourvera le calme à l'issue d'une transe traditionnelle. On peut penser que maintenant ils s'aiment (s'aiment plus encore ?) alors qu'il se regardent dans les yeux dans un trés beau plan presque final. D'ailleurs cette scéne, délicieusement et lentement amené au rythme de la musique est un bon contrepoint à la scéne initiale. Au sexe, un peu brut, à l'abandon de soi dans la grisaille de la banlieue correspond un retour à la tradition (la transe, les tatouages, la chaleur des étreintes des méres algériennes). D'un univers triste et aseptisé vers un univers plus archaique et sensible. Deux derniéres notes : l'utilisation, un temps, de l'image des bouteilles, des boissons tout au long de la premiére partie du voyage ou on se retrouve ensemble autour d'un thé, ou on se sépare sur des bris de bouteilles abandonnées, eau que l'on quête et transporte. A creuser. La musique, belle et omniprésente, plus que jamais on sent le glissement le long d'un continuum de cultures sans transition abrupte. A ce niveau du grand art. Un film trés honnéte, à tous les points de vue. @+, Bek -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://www.usenet-fr.news.eu.org/fur/conseils/frcs.html> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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