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[AVIS] Clean, d'Olivier Assayas


  • Subject: [AVIS] Clean, d'Olivier Assayas
  • From: Francois Kahn <lorenzo@alussinan.org>
  • Date: 25 Oct 2004 23:45:01 GMT
  • Approved: modappbot@dspnet.fr.eu.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.discussion, fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Honorable
  • References: <1gm8juh.1k0qbsv1mnxydnN%lorenzo@alussinan.org>
  • Sender: modappbot@dspnet.fr.eu.org
  • Supersedes: <1gm8juh.1k0qbsv1mnxydnN%lorenzo@alussinan.org>
  • Xref: unknown fr.rec.cinema.discussion:43703 fr.rec.cinema.selection:297

Après la mort de son compagnon Lee, un rockeur qui fait une surdose
après une dispute, Emily (Maggie Cheung) passe six mois en prison et
tente de recomposer sa vie quitte à encaisser quelques couleuvres,
histoire avant tout de repartir et de renouer le contact avec son fils
qui a été confié aux parents de Lee.


Sans doute le meilleur film de son réalisateur depuis Irma Vep, "Clean"
bénéficie avant tout (comme ce dernier) de la prestation de Maggie
Cheung, très bien filmée et superbe tout du long. C'est plus ou moins
d'ailleurs un diptyque qui nous place aux deux extrémités de la relation
du réalisateur avec son interprête et ancienne compagne, le premier film
tenant plutôt du registre de la découverte et celui-ci de l'hommage
après rupture. Assayas a intégré des éléments de ses films
intermédiaires, comme le côté chronique et nouveau commencement déjà
présent dans "Fin août début septembre", un traitement dénué d'affect
évoquant "Les Destinées sentimentales" et quelques échos du monde des
affaires via le personnage de Jeanne Balibar, qui plonge quelques
minutes dans l'univers de "Demon Lover".

Assayas sait très bien filmer les actrices et là, en dehors de Cheung et
de Balibar, il arrive à rendre Béatrice Dalle supportable et se
débrouille très bien avec des actrices nettement moins connues. D'autre
part, Nick Nolte est très efficace dans un registre sobre, certainement
un des points forts du film.

J'ai trouvé des aspects du film totalement risibles. Il y a évidemment
un aspect rock dans le film (ne serait-ce que parce que ça se passe dans
ce milieu) mais totalement lisse, comme si tout cela était traité avec
des pincettes par un Assayas qui connaît son Velvet, son Sonic Youth et
son Brian Eno par coeur mais qui n'a jamais vraiment creusé plus loin.
Et là, pour le coup, c'est affreusement propret. De voir dans les scènes
d'exposition, un rockeur, sa compagne et leur manager discuter contrat
avec les labels avec lucidité, puis de voir le couple se livrer à une
scène de ménage verbeuse et argumentée bien moins agressive que la
plupart de celles montrées à l'écran alors que les personnages sont
censés être héroïnomanes et adeptes du style de vie rock'n'roll fait
assez étrange. J'ai bien compris qu'Assayas n'avait pas voulu s'en tenir
à une mythologie à la gomme. Il a traité non d'une rockstar mais d'un
type qui a déjà assez bourlingué et qui continue alors qu'il est quand
même un peu has been. De même Maggie Cheung n'est pas Yoko Ono ou
Courtney Love (les références évidentes) mais une femme avec son propre
itinéraire, moins conceptuel, trash ou glamour (elle se fait un temps
serveuse dans un resto chinois) et bien plus humain. Le problème est que
ça manque quand même beaucoup de nerf ou de hargne, ce qui est un
comble. Les images d'un concert au début sont jolies, ça se veut rock
mais ça reste propret.


De même toute la partie "addiction" de Maggie Cheung n'est pas crédible
pour un sou. Ça se communique aussi à certaines situations du
personnages de Nick Nolte qui discute paisiblement avec sa belle-fille
puis qui lui glisse in extremis avec un ton compréhensif que ça ne sera
pas possible pour elle de revoir son fils avant des années. On peut
mettre beaucoup de ces situations sur le compte d'un parti pris, vu que
le personnage principal vit d'abord complètement groggy, assommé par les
drogues ou la méthadone, ce qui correspond surtout à un certain repli du
monde. Ça ne les rend pas pour autant intéressantes ou suffisamment
creusées. Assayas n'arrive pas à donner un enjeu à son film. C'est
lisse, la photo est belle, on passe avec aisance de l'Amérique à
l'Europe sans qu'on soit pour autant captivé.

La dernière demi-heure parvient ceci dit à renforcer l'ensemble avec une
partie mélodramatique traitée avec beaucoup de sobriété et qui est la
plus convaincante de l'ensemble, avec la carapace du personnage qui cède
par moments. Si on va voir le film comme un document sur Maggie Cheung
en 2003, "Clean" est un film inspiré. Pour ce que l'auteur a sinon
filmé, c'est lisse, sans plus. 

François K

-- 
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