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[Date Prev][Date Next][Date Index] [IMPRESSIONS] : Mensonges et Trahisons (et plus si affinites ...)
Ce coup là je partais avec un a priori. Bien que le film avait été dument
conseillé. Mais bon, Edouard Baer m'a toujours évoqué un espéce de gars à la
Canal+ en chute libre. Le type de gars qui fait rire mais avec un humour
Canal. Franchement les Nuls, les Robinsons, De Caunes et les autres c'était
plutot bof. Difficile a dire mais ca m'évoque un humour assez space. Style
on est a Canal, on fait de la qualité parce que crypté et on se démarque de
TF1. Pour finalement donner un spectacle scato voire carrément ultra débile.
Donc comme en plus ca fait presque 6 ou 7 ans que j'ai pas la TV je restais
sur une impression. Tout ca pour dire qu'un film c'est aussi des acteurs qui
incarnent des personnages et on n'est pas à l'abri d'une répulsion
inconsciente.
Alors je vous explique pas la claque que je me suis prise. Ce film est
terriblemment bon. Depuis 'Comment je me suis disputé ... (ma vie sexuelle)'
d'Arnaud Desplechin ca faisait longtemps qu'on n'avait pas croisé une telle
fresque de personnage et une telle justesse de ton pour décrire l'époque.
Filmer les 30-40 ans c'est finalement une bonne formule.
Donc l'histoire la voila : Copier/Coller, ca sera plus simple. Un écrivain
traverse une crise existentielle majeure. Il veut quitter sa petite amie du
moment, doit rédiger la biogaphie d'un footballeur professionnel dont la
femme n'est autre que l'ex-femme de sa vie... (Source Allociné). Bon c'est
un peu court mais ca suffit, pas la peine de tout dire si ce n'est en
saupoudrant des situations ci dessous pour illustrer le propos.
Maintenant on passe aux impressions et à l'analyse.
Bon déja Marie José Croze joue dedans, le rôle de Muriel. La copine du Négre
chargé de la biographie du footballeur. Femme d'aujourd'hui. Enfin comme on
la présente. Dirigeante, sure d'elle même (sur les chantiers) mais qui au
fond toujours angoissée et dotée d'un coeur d'artichaut. Trés proche de son
rôle récent dans 'Les Invasions Barbares'. Elle jouait là une camée dure à
l'extérieure qui se révéle sensible au coeur tendre. Qu'est-ce que c'est
beau une nana droguée, un mélange d'abandon, de fureur et au fond une grande
détresse. En plus l'actrice a un jeu tout en expression du visage. Sans dire
qu'elle a un physique pas facile (franchement y a carrément pire) c'est un
jeu beaucoup plus subtil que son adversaire du jour : Alice Taglioni dont le
rôle de tombeuse dure à cuire et d'executive woman se déploie avec moins de
finesse. Elle aussi une femme d'aujourd'hui. Donc Marie José est belle à
voir.
L'autre palme vient à Eric Berger réellement hilarant en footballeur poéte.
Comme quoi tout n'est pas impossible. Le scénario force le trait mais à ses
dépends mais on rit beaucoup. A l'image de l'évocation de la vie amoureuse
(sexuelle ... tiens on retrouve Desplechin) de l'athléte. Comédie de texte
donc.
Comédie gestuelle, bouffonnerie. Efficace : la scéne du sanglier et
l'étreinte inachevée, la plage et la marée. Simple qui va droit au but.
Comédie plus subtile qui se teinte de critique de notre société : le speed
dating au ton direct et si actuel, la parabole sur l'amour courtois,
l'amitié (les 3 compéres) à plusieurs vitesses, les photos dans Voici, la
motivation de l'éditeur à coup de cachets à rallonge.
Comédie de moeurs. Plus encore la thématique est contemporaine. Dans cette
difficulté d'aimer, les hésitations d'Edouard (on ne voit que lui devant le
personnage, une interprétation réellement parfaite) et la vindicte de
Muriel(le ?). Aussi dans cette alternance constante de chauds et froids. En
quelques minutes il couche avec celle sur lequel il fixe, puis la rejette,
pour finalement s'entendre dire que vraimment ca n'est pas sérieux, lors du
repas du quatuor il apprends qu'a une seconde prés toute sa vie affective
basculait. Pour en reprendre une coupe (de champagne) finalement. Alternance
de gaieté et d'enthousiasme délirant. Alors que d'autres dépriment ("tu as
trouvé facilement ?" en boucle), notre héros se prends un airbus A320 sur
les pieds à chaque seconde. Ca c'est vraimment actuel. Alors qu'on pense
rencontrer la femme de sa vie, alors que l'on se sent fort, un micro
événement nous raméne à notre état de simple humain. C'est vraimment la
tonalité de l'époque, que l'on retrouve dans la littérature contemporaine au
accents dépressifs ou maniaco-depressifs.
Tout est ici. C'est réellement la qualité premiére du film. Cette tendance à
la justesse, à l'acuité dans la description par anecdotes de nos vies
actuelles.Et finalement on nous arrache des larmes. Car il essaie tout pour
retrouver le coeur de sa belle. A l'image du troubadour. Plein de charme,
l'ambiguité du dialogue de l'interphone nous laisse encore sourire. Et
enfin, la place est cédée aux pleurs. A l'émotion non feinte de la naissance
et du bonheur. Allez avec l'enthousiasme on peut un peu interpréter ca comme
un désir de notre époque (une nécessité) de revenir aprés un détour par le
monde de l'apparence et de la performance vers une quiétude plus simple. Un
peu un schéma mental que suivent beaucoup de trentenaires.
Et l'avenir ? l'angoisse d'exister face à la difficulté de se réaliser
pleinement. Ce qui guide nos héros à enfanter ou a donner à d'autres (l'ami
aux 10 000 euros de prime par mois qui consacre ses efforts à une famille
nombreuse adoptée au complet).
Est-ce moraliste, je laisse le lecteur de cette liste d'impressions juste.
Mais bon en observant la sociologie de trentenaires qui m'entourent ca sonne
étrangement juste.
Joie, Sourires et Pleurs. Un bon cocktail. De surcroit surprenant car
innatendu, pas mal d'entrées mais pas un succés à grande échelle. Et je vous
raconte pas l'achévement et le flot de larmes lors du générique chanté sur
les airs de Carla Bruni.
Marie-Jo quand est-ce qu'on fait un bébé ?
Je dirais un film simplement excellent.
@+, Bek
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