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[Avis] Chabrol et les séries B


  • Subject: [Avis] Chabrol et les séries B
  • From: LemonHead <LemonHead@hotmail.fr>
  • Date: 15 Dec 2004 13:20:02 GMT
  • Approved: modappbot@dspnet.fr.eu.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Moderation de fr.rec.cinema.selection
  • References: <48347283.0412140557.48b5da56@posting.google.com>
  • Sender: modappbot@dspnet.fr.eu.org
  • Xref: unknown fr.rec.cinema.selection:315

[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

J'ai revu « L'enfer » du sieur Chabrol hier soir sur France 3 et une
évidence s'est imposée à mes yeux fatigués mais attentifs: sans le
savoir peut-être (mais je soupçonne le filou d'en avoir pleine
conscience), Claude Chabrol est l'inventeur de son propre sous-genre,
le créateur d'une nouvelle branche dans la grande famille bancale des
séries B.

Les preuves sont là, tout au long du film (et des autres créations du
réalisateur que j'ai pu apercevoir): des acteurs fascinants de
médiocrité (François Cluzet, malgré un jeu ampoulé à l'extrême, une
coupe de cheveux à en faire pâlir d'envie le coiffeur de Patrick
Sébastien et un charisme de flaque d'eau, fait néanmoins preuve tout
au long du film d'une bonne volonté qui l'honore), des rôles
secondaires bâclés, un peu de surnaturel, du verre cassé, de
l'hystérie et, même, Emmanuelle Béart qui fait du jet-ski (oui, c'est
aussi ça Chabrol, ne l'oublions pas).
Preuves ultimes : on y tue un enfant (à dire vrai, Cluzet ne le tue
pas vraiment mais allume violemment la lumière de sa chambre alors
qu'il dort, ce qui revient un peu au même, vous l'admettrez aisément)
et, pendant un long moment, le héros principal a la chemise pleine de
terre et le poil qui colle.

Pourtant, comme toute bonne série B qui se respecte (une série B ne se
respecte pas toujours mais celle-là, bizarrement, oui) ça fonctionne:
on ne décroche pas du film avant le mot « Fin » (« Sans fin » plus
exactement), on se prend d'affection pour les yeux de biche
effarouchée d'Emmanuelle, on rit une ou deux fois et on frissonne,
aussi, un peu?.

Je me suis fait alors la réflexion que Chabrol, peut-être, n'a jamais
fait que ça : construire patiemment, méticuleusement, pertinemment,
son propre sous-genre : « Le film de bourgeois qui s'entre-tuent* ».

Alors bien sûr la filmographie de Chabrol n'échappe pas au problème
qui touche toutes les grandes familles : la consanguinité. De fait,
tous ses films se ressemblent un peu et certains sont même
complètement idiots mais l'essentiel n'est pas là : les subtils
variations entre ses différentes oeuvres sont autant d'indices laissés
par le réalisateur à l'attention de ses spectacteurs attentifs. Dans «
L'enfer » par exemple il n'y a pas, à proprement parler, de meurtre et
cette absence d'homicide n'est pas innocente : elle cache des
comportement humains peut-être bien pires, plus insidieux, pervers
quoiqu'il en soit.

Enfin, après avoir longuement zieuté cette héroïne diaphane et trop
belle pour être parfaitement honnête (Kidman, Béart : les 4 plus beaux
yeux du monde), cette maison cossue mais trop grande pour ses
occupants esseulés, cet enfant dont l'insouciance vient se heurter aux
dérèglements des adultes, cette part de surnaturel et de visions
fantasmées, cette fin en queue de poisson, une certitude s'impose :

« L'enfer », c'est « Les autres »


*ou font du jet-ski

Au plaisir,
LemonHead

-- 
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