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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Avis] Chabrol et les séries B
[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] J'ai revu « L'enfer » du sieur Chabrol hier soir sur France 3 et une évidence s'est imposée à mes yeux fatigués mais attentifs: sans le savoir peut-être (mais je soupçonne le filou d'en avoir pleine conscience), Claude Chabrol est l'inventeur de son propre sous-genre, le créateur d'une nouvelle branche dans la grande famille bancale des séries B. Les preuves sont là, tout au long du film (et des autres créations du réalisateur que j'ai pu apercevoir): des acteurs fascinants de médiocrité (François Cluzet, malgré un jeu ampoulé à l'extrême, une coupe de cheveux à en faire pâlir d'envie le coiffeur de Patrick Sébastien et un charisme de flaque d'eau, fait néanmoins preuve tout au long du film d'une bonne volonté qui l'honore), des rôles secondaires bâclés, un peu de surnaturel, du verre cassé, de l'hystérie et, même, Emmanuelle Béart qui fait du jet-ski (oui, c'est aussi ça Chabrol, ne l'oublions pas). Preuves ultimes : on y tue un enfant (à dire vrai, Cluzet ne le tue pas vraiment mais allume violemment la lumière de sa chambre alors qu'il dort, ce qui revient un peu au même, vous l'admettrez aisément) et, pendant un long moment, le héros principal a la chemise pleine de terre et le poil qui colle. Pourtant, comme toute bonne série B qui se respecte (une série B ne se respecte pas toujours mais celle-là, bizarrement, oui) ça fonctionne: on ne décroche pas du film avant le mot « Fin » (« Sans fin » plus exactement), on se prend d'affection pour les yeux de biche effarouchée d'Emmanuelle, on rit une ou deux fois et on frissonne, aussi, un peu?. Je me suis fait alors la réflexion que Chabrol, peut-être, n'a jamais fait que ça : construire patiemment, méticuleusement, pertinemment, son propre sous-genre : « Le film de bourgeois qui s'entre-tuent* ». Alors bien sûr la filmographie de Chabrol n'échappe pas au problème qui touche toutes les grandes familles : la consanguinité. De fait, tous ses films se ressemblent un peu et certains sont même complètement idiots mais l'essentiel n'est pas là : les subtils variations entre ses différentes oeuvres sont autant d'indices laissés par le réalisateur à l'attention de ses spectacteurs attentifs. Dans « L'enfer » par exemple il n'y a pas, à proprement parler, de meurtre et cette absence d'homicide n'est pas innocente : elle cache des comportement humains peut-être bien pires, plus insidieux, pervers quoiqu'il en soit. Enfin, après avoir longuement zieuté cette héroïne diaphane et trop belle pour être parfaitement honnête (Kidman, Béart : les 4 plus beaux yeux du monde), cette maison cossue mais trop grande pour ses occupants esseulés, cet enfant dont l'insouciance vient se heurter aux dérèglements des adultes, cette part de surnaturel et de visions fantasmées, cette fin en queue de poisson, une certitude s'impose : « L'enfer », c'est « Les autres » *ou font du jet-ski Au plaisir, LemonHead -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://www.usenet-fr.news.eu.org/fur/conseils/frcs.html> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.alarue.net/frcs/>
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